Bilan énergétique de la France 

Quelques mois après le message d’alerte lancé par 15 000 scientifiques du monde entier fin 2017 concernant les problématiques climatiques notamment, nous avons décidé de vous proposer un état du bilan énergétique de la France.

 

Les chiffres clés du mix énergétique de la France en 2018

Tout d’abord, bien entendu, la France n’est pas capable à l’heure actuelle d’être autosuffisante en matière d’énergie. Elle va donc produire de l’énergie par certains biais pour sa propre consommation mais également pour fournir d’autres pays et, a contrario, elle va importer certaines énergies quand elle n’est pas dans la possibilité de les produire sur place.

Dans le schéma ci-dessous, nous voyons l’évolution au cours des années allant de 1971 à 2011 de la production d’énergie primaire en France. On se rend compte que, faute d’avantage compétitif suffisant sur les énergies telles que le charbon, le pétrole ou le gaz naturel (pas de gisement naturel suffisant en France), la France a décidé de se concentrer sur le nucléaire pour augmenter de manière conséquente sa production d’énergie et prendre sa place dans le jeu des énergies au niveau mondial.

 Evolution de la production française d'énergie primaire

Évolution de la production française d’énergie primaire de 1971 à 2011 (©Connaissance des Énergies, d'après données de l’AIE)

On constate donc qu’aujourd’hui, la France doit importer la quasi-totalité de sa consommation de charbon, pétrole ou gaz naturel.

A partir de ce constat, quand on regarde la consommation d’énergie en France sur l’année 2015 du schéma ci-dessous, on constate que les énergies hors électricité et énergies renouvelables représentent 67,5% de notre consommation annuelle. Ces énergies doivent donc être importées chaque année vers notre pays pour faire face à la demande de consommation.

 Consommation d'énergie finale en France par source

Consommation d'énergie finale en France par source (©Connaissance des Énergies, d'après données du Ministère en charge de l'énergie)

En-dehors de ces énergies qui sont principalement importées donc, nous avons une consommation corrigée d’électricité qui représente environ 473 TWh en 2016 (selon RTE-France) pour une production d’électricité de 531,3 TWh sur la même année (voir schéma ci-dessous). La France a donc l’occasion par ce biais d’exporter une partie de sa production vers l’étranger. Vous l’aurez donc compris, globalement la France ne produit pas suffisamment d’énergie à l’heure actuelle et a donc une dette nette annuelle d’énergie. De manière plus précise, on note encore la place du nucléaire dans notre production d’électricité annuelle (72,3%) largement supérieure à notre production d’énergies renouvelables.

 Répartition de la production électrique française en 2016

Répartition de la production électrique française en 2016. (©Connaissance des Énergies, d'après données de RTE)

 

Le cadre législatif :

La feuille de route du Grenelle de l’environnement ainsi que la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte de 2015 ont donné des objectifs ambitieux à la France en diverses matières (voir schéma ci-dessous).

Tout d’abord, la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour l’instant, la diminution entre 1990 et 2016 a été de 15,3% tandis que l’objectif à 2030 sera de porter ce pourcentage à 40% (source CITEPA) puis 75% en 2050.

Concernant la réduction des énergies fossiles (gaz naturel, pétrole, charbon notamment), nous sommes passé de 101 Mtep en 2012 à 109,5 Mtep en 2016 (source statistiques.developpement-durable.gouv.fr) soit une augmentation de 8,4% de la consommation de ces énergies tandis que notre objectif est une réduction de 30% d’ici à 2030.

Pour la part d’EnR (Energies Renouvelables) dans notre consommation d’énergie finale, nous avions tablé sur un objectif de 23% d’ici à 2020. En 2016, on était sur une part de 15,7%. L’objectif 2020 semble d’ores et déjà hors de portée et on tablerait plus sur une part de 19-20% d’ici à cette date.

Pour le nucléaire, l’horizon 2025 a déjà été repoussé à 2035 pour la part de la production d’électricité à 50% par cette ressource. A la vue des chiffres et des constats évoqués plus haut, il semble en effet peu probable que la France décide de se désengager de son seul avantage compétitif actuel dans le biais des énergies tant qu’elle n’aura pas trouvé un autre atout à faire valoir sur l’échiquier international.

 Objectifs de la loi de transition énergétique en France

La France, quelles solutions d’avenir ?

Les arguments pour et contre la sortie du nucléaire sont pléthores et ne seront pas forcément développé ici. Nous pouvons simplement indiquer que le gouvernement actuel s’est engagé à sortir du nucléaire progressivement pour ne plus avoir cette dépendance à 75% sur la production d’électricité en France. De plus, la Cour des Comptes estiment qu’«un programme global de près de 100 milliards d'euros d'ici à 2030, est nécessaire pour maintenir le parc actuel en état de répondre à la consommation électrique et aux normes de sûreté nucléaire». Ce qui explique la volonté du gouvernement d’aller vers un désengagement progressif est aussi le fait que le secteur emploie, de manière direct et indirect, près de 220 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 46 milliards d’euros d’après le Conseil National de l’Industrie.

En ce qui concerne les énergies renouvelables, l’hydraulique est actuellement l’énergie la plus produite en France avec plus de 70% de nos énergies renouvelables. La priorité des prochaines années  devrait être donnée, malgré cela, à l’éolien et au solaire. La France souhaite également donner une part plus importante à l’électricité produite à partir de biomasse solide (bois). Une possibilité évoquée serait de donner de plus en plus la main aux habitants comme cela a pu être le cas en Allemagne où la majorité des capacités de production d’énergies renouvelables sont directement détenues par les habitants.

 

Production d'énergies renouvelables en FranceLa production d'énergies renouvelables en France dominée par l'hydraulique, Part de chaque filière dans la production de 2014, en % - Source : Le Monde, Observ'ER, Le baromètre 2015 des énergies électriques renouvelables en France
 
Capacités éoliennes et solairesLa production d'énergies renouvelables en France dominée par l'hydraulique, Part de chaque filière dans la production de 2014, en % - Source : Le Monde, Observ'ER, Le baromètre 2015 des énergies électriques renouvelables en France

  

En conclusion, la France n’est pas en voie de réaliser les objectifs fixés soit par le Grenelle de l’Environnement soit par la loi sur la transition énergétique de 2015. Le pays est encore retenu par les choix qu’il a effectué au cours des années 1970-80 et dont il a beaucoup de mal à se défaire aujourd’hui. Les solutions d’investissement massifs dans les énergies renouvelables pour créer un nouvel avantage économique sur les pays concurrents de ce secteur ne sont pas forcément vus d’un très bon œil par nos dirigeants du fait notamment de notre capacité de financement limitée à l’heure actuelle. Les incitations fiscales multiples autour des énergies renouvelables semblent tabler sur un transfert aux habitants de l’investissement dans ce secteur. En attendant, les alertes internationales se multiplient et la France peine à devenir un acteur moteur sur ces problématiques.